Parc Torotoro, galères et Tupiza

On est réveillés vers 5h30 par les gens du bus qui parlent fort. Nous consultons l’application Maps.me qui nous indique que nous nous trouvons à 20km du terminus de Cochabamba, la ville où nous devons prendre le 2ème bus pour Torotoro. Le bus est arrêté car les rues sont bloquées. Les manifestations prennent de l’ampleur depuis le premier tour des élections le 20 septembre.

Impossible d’avancer davantage, il nous faut prendre 2 collectivos pour rejoindre la ville, zigzaguant et évitant les différents blocages.

Puis, par chance, nous trouvons rapidement un 3ème collectivo direction Torotoro, encore 4h30 de voyage en majeure partie sur de la piste. Et quel voyage..! S’il n’a rien de bien particulier au niveau des routes ou paysages, se sont ses occupants qui sont « atypiques »!

La formation de notre véhicule ressemble à ceci :
– 2 touristes, nous !
– 1 monsieur très très sale qui pue et empeste donc tout le bus, voisin de Romain (bonne chance !).
– 1 dame en habits traditionnels, jambes grandes ouvertes pour caler son énorme baluchon multicolore, parée de son chapeau énorme qui gêne sa voisine.. Aurore !
– 2 bébés, dont un chouine régulièrement, l’autre n’ayant pas le temps de protester car dès qu’il émet un son il se retrouve avec un sein dans la bouche !
– 1 autre gars qui tient une vieille radio dans ses mains, et qui s’est dit qu’il allait en faire profiter tout le monde et s’improviser DJ, enchaînant les musiques kitchs avec le volume poussé au maximum.
– 1 conducteur de bus qui essaie de rivaliser en montant le volume de la radio.
– les autres !

Bref, 4h30… Ça peut parfois être VRAIMENT long ! Celles-ci on n’est pas prêts de les oublier !

Nous arrivons enfin vers 11h du matin, aussi contents d’en avoir fini avec ce bus qu’avec le sommet de la veille. Nous trouvons un petit hôtel tout à fait confortable et glandons tout l’après midi, sans dormir pour ne pas se décaler.

Nous prenons aussi quelques informations pour organiser les prochains jours. Torotoro est un parc, notamment réputé pour l’observation des traces de dinosaures, où l’on ne peut pas circuler tous seuls. Toutes les excursions se font avec un guide !

Le principe est assez simple : l’excursion a un prix fixe que vous soyez 1 ou 6. Donc le but du jeu est de trouver des compagnons d’un jour (ou plus) pour partager les visites et donc les frais. Seulement, avec les récents événements politiques et l’isolement du parc, il y a peu voire pas de touristes..!

Notre balade du soir dans le village nous confirme cette impression. Nous ne croisons personne !
Tant pis, demain on se lèvera tôt et on fera le guet à l’ouverture du bureau des guides pour se greffer à un autre groupe !

Lever 6h30, motivés pour partir à la découverte du parc ! 7h30, heure d’ouverture du bureau, il n’y a personne ! À 8h une étudiante bolivienne se présente et souhaite visiter les grottes. C’est l’excursion la plus chère et il nous faut au moins une personne supplémentaire pour y aller.

On attend donc. Encore et encore ! Puis vers 9h30, Romain part au centre du village pour voir si des petites têtes étrangères sont arrivées. Au détour d’une rue, il aperçoit un couple avec de gros sacs sur le dos ! Il fonce vers ces 2 inconnus et leur saute littéralement dessus !

Nous faisons alors la rencontre de Léna et JB, un couple français de Limoges, en vadrouille dans le coin. Ils sortent de 24h de transit et sont donc bien décidés à se reposer la journée, mais une fois la « situation de crise » exposée par le super vendeur de tapis qu’est Romain, les voilà partant avec nous !

Ce 1er jour, nous partons donc à la découverte de la Ciudad de Itas et de la Caverna de Umajalanta.
Le premier lieu est une ballade dans un petit canyon magnifique où la roche s’est creusée, formant des cathédrales naturelles ! Nous en profitons pour faire plus ample connaissance avec nos 2 nouveaux compagnons de route limougeauds.

Pause déjeuner avec au menu un Picante de Pollo, petit plat local qui comme son nom l’indique est quelque peu relevé 🔥

L’après midi, nous partons en direction de la Caverna. C’est parti pour une petite initiation spéléologique ! C’est une première aussi bien pour Aurore que pour Romain, nous sommes donc bien excités !

Casques et lampes frontales sont de mise avant de s’enfoncer dans la grotte longue de 7 km, descendant à plusieurs centaines de mètres sous le sol !

L’excursion dure environ 2 heures et nous permet de progresser de 600m avant de rebrousser chemin. Qui dit grotte dit noir absolu, mais aussi humidité, fraîcheur et exiguïté ! Il faut être bien vigilant de ne pas glisser ni se cogner la tête !

Nous escaladons à droite puis à gauche dans un véritable labyrinthe. Au bout de 5 minutes, nous serions déjà complètement perdus sans Emilio, notre guide ! C’est dans la bonne humeur que nous passons les obstacles à se contorsionner et ramper ! Les stalactites, stalagmites et colonnes prennent des formes particulières. Artistique.

Lors d’un passage entre 2 roches, le couloir est très étroit, faut pas être gros. Ça tombe bien, personne n’est gros ! 😂 Toutefois, pour s’assurer la faisabilité de la chose, l’ensemble du groupe envoie Romain en éclaireur ! Le plus brave en 1er bien sur !

Nous nous arrêtons un instant près d’un petit lac souterrain où vivent de petits poissons blancs qui n’ont jamais vu la lumière du jour (et qui sont aveugles d’ailleurs) !

Nous remontons ensuite à la surface progressivement. Puis rentrons tranquillement au village et nous donnons rendez vous pour demain !

Le second jour, direction l’office des guides vers 9h afin de partir à la découverte des traces de dinosaures ! Notre équipe du jour est composée de Lena, JB, Aurore et Romain ainsi que notre guide Emilio, à laquelle s’ajoute un couple d’espagnols !

Nous débutons par l’observation de traces de grands herbivores, tels que l’ankylosaure ou le diplodocus ! C’est impressionnant car les traces sont superbement conservées et d’une taille immense.

Le périple se poursuit dans le lit d’une rivière asséchée à cette époque et nous arrivons au dessus d’un canyon d’où la vue est magnifique. Nous y descendons. Il fait chaud chaud. Mais la cascade d’ El Vergel apparaît au loin, on va pouvoir se rafraîchir !

Pause baignade puis pique nique! Frais et pleins de force, nous repartons. En chemin, nous faisons un stop durant lequel Emilio nous joue une chanson avec sa flûte traditionnelle. Très joli moment avec le canyon dans le rôle de caisse de résonance !

Il nous prête ensuite son instrument afin que l’on essaie. JB débute, et nous démontre ses talents de musicien en sortant.. Zéro son ! Nous sommes pliés de rire ! Mais la suite nous montrera que jouer de cet instrument n’est pas aisé. Il faut placer l’embout sur le bas de la lèvre et souffler vers le bas. Lena et Aurore réussissent à émettre un petit bruit et Romain redéclenche un fou rire en plaçant sa flûte sur.. son menton.. Nous essayons encore de comprendre pourquoi il a fait cela ! Toujours est-il que cette technique ne fonctionne pas du tout ! Allez, en route !

Sur la fin de journée, nous arrivons sur un énorme plateau. Le temps s’est couvert et on entend l’orage au loin. C’est ici que nous découvrons des milliers de traces de dinosaures carnivores tels que les velociraptors et les T-rex !

Certaines traces montrent des trajectoires rectilignes et rapides, d’autres plus lentes. Ensuite, tout est une question d’imagination sur cette période dont nous ne savons finalement que peu de choses !

De retour au village c’est le déluge complet, à tel point que les plombs ont sauté et l’on se retrouve alors dans le noir ! Pour dîner, nous partons munis de nos frontales vers le marché où des femmes servent des soupes et plats. Parfait ! Direction notre hôtel pour une bonne nuit de repos avant notre 3ème et dernière journée !

Aujourd’hui, nous nous rendons sur un lieu où nous pouvons observer des fossiles marins. Après une marche d’une bonne heure en compagnie de la même troupe que la veille, nous arrivons sur un lieu où se trouvent des millions de fossiles. Coraux et coquillages en tout genre, c’est difficile d’imaginer que sur cette terre, aujourd’hui à environ 3000m d’altitude, il y a eu la mer !

Nous redescendons et repartons avec Lena et JB en direction de la ville de Cochabamba à bord d’un nouveau collectivo.

Pas de composition atypique cette fois, ouffff ! Une fois arrivés à la gare routière, nous constatons que tous les bus ont été annulés pour cause de blocus, sauf ceux à destination de Sucre. Ça tombe bien pour nous, car c’est la ville dans laquelle nous voulons nous rendre.

En revanche, pour Léna et JB qui veulent aller à La Paz, il faudra passer la nuit ici et espérer que ça se débloque demain. Sauf qu’en attendant notre bus, Romain entend un homme en annoncer un pour La Paz. Il envoie un message à JB qui rapplique dans les 10 minutes suivantes. Aucune certitude que le bus arrive à destination mais ils embarquent !

Nous faisons de même, direction Sucre. Il est 22h. C’est l’heure de dormir. La galère : Comme lors de notre dernier voyage, notre bus est bloqué avant son terminus, à 4,5 km du centre. Il est 5h du mat’ et il fait nuit. Nous décidons donc de terminer à pieds, ce qui prendra une bonne heure.

Nous arrivons sur la place centrale, fatigués et espérant trouver un café d’ouvert le temps qu’un hôtel puisse nous accueillir ! Tout est fermé. Nous partons donc en direction du marché, seul lieu de vie malgré le contexte général.

Nous resterons 3 jours dans cette ville devenue piétonne car aucune voiture ne peut passer. Le soir, on entend les pétards dans la rue. La police a rejoint les rangs des manifestants. Tout en restant pacifique, ce mouvement prend beaucoup d’ampleur !

❤️ Le samedi 9 Novembre, Romain reçoit un coup de fil de sa maman qui nous
annonce le tragique décès de Clément, son cousin. On a beau être à des
milliers de kilomètres, la distance n'atténue pas la violence de la nouvelle.
Nous sommes complètement assommés. K.O debout. Notre voyage ne sera
plus tout à fait le même à présent. Clément, qui est venu nous voir à notre
pot de départ le 14 Juin dernier, va nous manquer.

Cet éternel artiste qui a débuté tout jeune un crayon à la main, a
troqué ce dernier contre un micro avec lequel il a fait des merveilles.
Grandissant dans le milieu du rap, il nous a rendu fiers. Un 1er album qui
sort début 2020 laisse dernière lui une trace indélébile de son passage
sur notre planète. ❤️

Nous sommes donc bloqués dans une ville, au milieu d’un pays qui se révolte, avec le moral en berne ! Il est temps d’essayer d’avancer, de se rapprocher de la frontière Argentine. Nous avons des copains de Toulouse qui arrivent dans une semaine.

Nous essayons de trouver des infos sur où et comment progresser. On nous indique une place située à 8km. C’est parti ! 2h de marche après nous trouvons en effet des collectivos qui font la liaison entre les différentes villes.

Nous attendons qu’il soit plein puis partons avant d’être bloqués.. 10km plus loin. On traverse à pieds afin de récupérer un autre véhicule.. Bref c’est la galère ! On arrive finalement à faire 150km jusqu’à la ville de Potosi. Nous dormons ici et repartons le matin tôt à la recherche d’un véhicule en sortie de ville.

Encore une belle marche et nous trouvons de nouveau de quoi avancer. C’est laborieux mais on finit par y arriver sans trop de mal. Surtout que l’on est en contact avec d’autres voyageurs rencontrés en route, bloqués dans des villes où la violence arrive progressivement. Nous ne croisons pas le moindre touriste durant plusieurs jours..

Nous arrivons finalement à Tupiza, à 90km de la frontière. Nous nous posons ici 2 jours. Au programme : repos et ballade à cheval ! Nous programmons cette dernière et nous rendons au centre équestre. Une fois arrivés, on nous donne des chapeaux pour que le style cow boy soit total !

Puis nous voilà partis à travers des paysages dignes d’un western. Montagnes rouges, petits canyons, c’est magnifique ! Seul hic. Le cheval de Romain est nerveux ! Du coup il part au galop sans aucune raison ! Romain est mort de trouille. Aurore est morte de rire. Nous rentrons malgré tout en 1 seul morceau après 5h de ballade, le postérieur endolori !

Une nuit de repos puis nous reprenons un bus direction la frontière argentine puis la ville de Salta !

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Louis Vincent Brunet dit :

    je pense à vous vu de France avec les révolutions de l’Amérique du sud et les souffrances des peuples ! l’Argentine est aussi dedans alors attention à vous ! et oui la vie continue avec nos espoirs nos rires et nos pleurs !

    Aimé par 1 personne

    1. diffdumtour dit :

      Merci pour ce commentaire !
      On est passé entre les goutes des révolutions sud américaines mais d’autres péripéties nous attendent (volcan Taal, Coronavirus,…) ! On reste vigilent ! 😉

      J'aime

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